La démarche de soins est une méthode de raisonnement clinique : l’infirmier recueille des informations sur une personne, en tire les problèmes de santé à traiter, puis planifie, réalise et évalue les soins correspondants. Elle compte cinq étapes, du recueil de données à l’évaluation. Cet article les détaille, puis les applique à un patient alité.
Qu’est-ce que la démarche de soins infirmiers ?
La démarche de soins infirmiers est un processus de résolution de problèmes centré sur la personne soignée. Elle part de la situation réelle du patient, pas d’un protocole figé, et elle relève du rôle propre de l’infirmier.
Les étapes sont distinctes, mais elles s’imbriquent : un document de la direction des soins infirmiers d’un établissement québécois décrit la démarche comme dynamique et non linéaire, avec des étapes indissociables et continues. En pratique, une évaluation qui échoue renvoie au recueil de données, et le cycle recommence.
À quoi sert la démarche de soins ?
Elle sert d’abord à individualiser les soins : deux patients avec le même diagnostic médical n’ont pas les mêmes besoins, ni le même plan de soins. Elle assure aussi la continuité entre équipes, puisque chaque soignant retrouve dans le dossier ce qui a été décidé et pourquoi.
Elle trace enfin le raisonnement de l’infirmier. Le diagnostic infirmier décrit une réaction de la personne à sa situation de santé (risque de chute, douleur, difficulté à se laver), alors que le diagnostic médical nomme une maladie, ce qui relève du médecin. La frontière est la même qu’entre un généraliste et les rôles des spécialistes de l’appareil locomoteur : chaque professionnel a son périmètre.
Les 5 étapes de la démarche de soins
1. Recueil de données
C’est le point de départ de toute démarche. L’infirmier rassemble des données subjectives (ce que dit le patient, son histoire de santé, ses habitudes) et des données objectives (examen clinique, constantes, résultats d’examens). On s’appuie souvent sur une grille de besoins fondamentaux pour ne rien oublier.
La qualité de cette étape conditionne tout le reste : un recueil lacunaire entraîne une analyse erronée.

2. Analyse et diagnostic infirmier
L’infirmier valide les données, repère les informations manquantes, distingue ce qui est normal de ce qui ne l’est pas pour cette personne, puis hiérarchise les problèmes. Un problème peut être réel (il existe déjà) ou potentiel (un risque à prévenir). Il se formule avec sa cause et ses manifestations, pas comme une maladie.
3. Planification
Chaque problème prioritaire reçoit un objectif centré sur le patient, mesurable et daté, par exemple « la personne se mobilise seule jusqu’au fauteuil d’ici une semaine ». Les actions et la surveillance à mener en découlent.
4. Réalisation
Les soins sont dispensés selon le plan, dans le cadre du rôle propre ou sur prescription médicale. Tout est tracé dans le dossier : ce qui a été fait, par qui, avec quelle réaction du patient.
5. Évaluation
L’infirmier compare le résultat à l’objectif fixé. Atteint, il le note et clôt le problème ; partiellement atteint ou non atteint, il réajuste le plan et revient, au besoin, au recueil de données.
Exemple de démarche de soins pour un patient alité
Cas fictif : une femme de 82 ans, diabétique, alitée depuis une fracture. Le recueil de données montre une mobilité très réduite, une peau fragile aux talons et au sacrum, des pieds secs, et une gêne pour utiliser le bassin ou le matériel d’élimination au lit, comme le détaille cet article sur le matériel d’élimination urinaire au lit.

Deux diagnostics infirmiers ressortent, tous deux potentiels : risque d’escarre lié à l’immobilité, et risque de lésion des pieds lié au diabète. Les démangeaisons ou plaies des pieds méritent d’ailleurs l’attention, comme l’explique ce texte sur les démangeaisons des pieds chez le diabétique.
- Objectif 1 : la peau du sacrum et des talons reste intacte pendant l’alitement. Actions : changements de position réguliers, inspection de la peau à chaque toilette, matelas adapté.
- Objectif 2 : aucune plaie aux pieds. Actions : examen quotidien des pieds, hydratation, chaussage adapté, alerte au médecin dès qu’une lésion apparaît.
L’évaluation se fait à date fixe : état de la peau, présence de rougeurs, confort de la patiente. Si une rougeur persiste, le plan est modifié, par exemple en rapprochant les changements de position.
La DSI de l’infirmier libéral à domicile
En exercice libéral, la démarche de soins se formalise dans un document destiné à l’Assurance maladie : la démarche de soins infirmiers (DSI). Elle concerne les patients dépendants suivis à domicile, à partir d’une prescription médicale, et elle justifie la prise en charge des soins de nursing.
Ce dispositif évolue vers un bilan de soins infirmiers (BSI), transmis par voie numérique. Les règles à jour (durée de validité, renouvellement, mode d’envoi) se vérifient sur ameli.fr avant chaque première prise en charge.
Les erreurs fréquentes en rédigeant une démarche de soins
La plus courante est de formuler un diagnostic infirmier comme un diagnostic médical : « diabète » n’est pas un problème que l’infirmier traite seul, « risque de lésion des pieds » l’est. Deuxième piège, un objectif centré sur le soignant (« faire la toilette ») au lieu du résultat attendu chez le patient, ou sans critère mesurable.
Un recueil sans tri noie aussi l’analyse, et une évaluation oubliée prive la démarche de son rôle de boucle de correction. Pour progresser sur le raisonnement clinique, une formation reste utile, et le financement d’une formation en santé se prépare à l’avance.
Une démarche relue après quelques jours, avec les objectifs confrontés aux observations réelles, devient un outil de travail plutôt qu’une formalité du dossier.

